Les Bonnes & la maison d'illusion

Entre les Bonnes et le Balcon, il y a Genet.
Entre Genet et nous, il y a le théâtre.
Entre le théâtre et nous, il y a le monde.

Après Frank Wedekind associé à Stravinski et l’assemblage de trois pièces de Federico Garcia Lorca, L’Infini théâtre poursuit ses recherches à travers le grand répertoire classique du XXème siècle sur les pistes du théâtre contemporain.
Les bonnes sont impudiques comme l’est l’écriture de Genet, ce texte percutant permet d’avouer le jeu, on ne fait surtout pas comme si c’était vrai!
Les signes d’une représentation prise au pied de la lettre soulèvent des préoccupations actuelles, des contenus interpellant, voire de réelles prophéties.
Comme à travers deux miroirs se faisant face, Les Bonnes et Le Balcon se reflètent à l’Infini; surgit alors une lecture des Bonnes à travers le prisme du Balcon et sa Maison d’Illusion, maison de plaisir, de jeu et d’extraversion. Cette vision offre de nouvelles perspectives à la manière de redécouvrir Genet aujourd’hui en abordant globalement son acte théâtral.

(c) photos : Pierre Bolle

(c) P.BOLLE - Infini Théâtre - Les Bonnes1 - L. Voglaire&A. Depicker
(c) P.BOLLE - Infini Théâtre - Les Bonnes2 - L. Voglaire&A. Depicker

LES BONNES de Jean Genet

Une version théâtre musical,
Un fantasme travesti qui nourrit l’être profond,
La révélation du plus vrai du faux pour faire sens avec du jeu qui ne ménage aucun artifice !

La fable: Madame sortie, les bonnes « dansent » ! L’une se dresse dans des parures de star, l’autre se replie dans une pauvre robe de service. Lorsque Madame revient, les deux sœurs ont décidé de lui administrer la tisane définitive, celle qu’on ne boit qu’une seule fois. Coup de théâtre et c’est incroyable : Madame doit rejoindre Monsieur, sorti de prison et qui l’attend au Bilboquet. Elle ne boira pas ! Ainsi, dolente et singeant Madame, Claire intime l’ordre à son ainée, Solange, de lui donner à boire
le mortel tilleul.

Claire (Alexia Depicker) et Solange (Laure Voglaire), les deux bonnes, sont complémentaires, mais alternées dans leur relation, tels des duos de clowns dont les rôles s’inverseraient. La dominée devient parfois dominante. En concurrence perpétuelle, comme le sont souvent des sœurs, elles sʼhumilient lʼune lʼautre, se dénoncent, se trahissent, s’adorent et se haïssent. Leurs actes se dédouanent de la cohérence psychologique. Un mot en lance un autre pour le son, le rythme, l’allitération, ou le mot d’esprit. Leurs conflits ludiques nourrissent leur complicité et inversement. À deux, elles forment les tendances extrêmes de l’imprévisible Genet. Le criminel et le saint osent alterner sans honte le morbide et la naïveté, la boutade et la jouissance, le désuet et le sacré, l’universel et l’anecdote.

Genet, le surdoué de la langue, relie de façon magistrale l’imaginaire de la scène au symbolique du monde pour exacerber sans pitié la crudité du réel sublimée pour chacun. L’extraversion la plus intérieure. Jeux d’enfants, jeu dangereux. Comme le dessin d’enfant, libre et sans volonté de séduire, le dessein des bonnes est libre et d’un seul jet. « Furtif », dit Genet. Elles s’exposent sans gêne en plein délire. Même si on assiste en direct à la mise en place de leurs artifices, elles peuvent tout !

Les Bonnes (c) Infini répétition

Elles osent la défiguration la plus écœurante à la merci de leur came : jouer ! être fantasque ! Un jeu régressif et primal au service dʼun style très sophistiqué. Les bonnes sautent, trépignent, changent de robe, chantent des comptines, rêvent au laitier et dénoncent, se
heurtent aux limites, se bousculent, se lamentent, se vengent, grimacent, se dandinent, rampent, mangent une tartine et sʼeffraient de se voir apparaître défigurées. La mise en scène veut creuser cette impudeur théâtrale.

Considérant que Jean Genet disait vouer au chant et à la musique, lʼabstraction poétique la plus noble, nous choisissons de faire de Madame une exubérante diva par l’entremise d’une splendide interprète soprano (Tineke Van Ingelgem). Les sœurs-bonnes incarnent à deux la deuxième voix pour accoucher du rôle-titre. Line Adam compose la musique originale de cette création « sur mesures ». La musique agit sur la représentation avec autorité et donne la cadence. Les ambiances musicales précèdent les séquences ludiques et appellent : le film noir, la séquence sexe, lʼintrigue policière, ou l’affectation romantique, le comique absurde… Le mélange de genres affectionné par l’œuvre est exacerbé par ces effets musicaux.

Au-delà de l’espace de représentation, un espace de « défoulement », dʼextraversion, de purgation, de libération: l’espace de la théâtralité la plus pure. Nous ne voulions pas moins qu’une architecte, Manon Meskens, pour implanter les fondations de la maison d’illusion qui englobe notre création des Bonnes. Cette maison s’édifie dans l’imaginaire débridé d’un auteur qui se dit jouir de l’enfermement et s’épanouir derrière les barreaux. Une installation monochrome, un endroit libérateur et vierge, clair et matelassé auquel les corps peuvent se heurter sans risque. Les spectateur.trice.s sont installés autour, faisant partie du décor. Pour plus de possibilités dʼimplantations et un élargissement du public, nous proposons une version déclinée de la scénographie originale en une variante frontale en demi-cercle.

Les bonnes ne peuvent rien sans leurs costumes et sans la réplique du faire-valoir de Madame. Ici l’habit fait le moine et révèle la profonde inspiration des êtres. Lʼapparence donne la parole. La parole décline l’identité poétique et Genet veille sur ce miracle, avouant par ses fantaisies l’apparition dʼune extériorité intérieure. Christine Mobers habille nos Bonnes et Madame. De belles panoplies réalistes et soignées comme au cinéma ! Ici le monde de l’apparence n’accepte aucune concession pour opérer, pour jouer le jeu il faut y croire, se sentir à la hauteur, le temps d’une séance.

Les Bonnes - Infini -Répétition 1
Les Bonnes - Infini -Répétition 2
Les Bonnes - Infini -Répétition 3
Les Bonnes - Infini -Répétition 4
Les Bonnes - Infini -Répétition 5
Les Bonnes - Infini -Répétition 6

LA DISTRIBUTION
Claire, Alexia Depicker
Solange, Laure Voglaire
Madame, Tineke Van Ingelgem

L’ÉQUIPE ARTISTIQUE
Mise en scène et concept : Dominique Serron
Musique : Line Adam
Scénographie : Manon Meskens
Costumes : Christine Mobers
Assistanat, régie et vidéo : Florence Guillaume
Assistanat : Camille Léonard

Les bonnes infini répétition

Une Conference-fiction

sur la maison d’illusion

Les visiteurs se dirigent vers la Maison d’Illusion.
Cette Maison ne veut pas faire des illusions, cette Maison veut faire désillusion.
Cette Maison n’est d’ailleurs pas une maison, elle déjoue les apparences.

La fable du Balcon: Dans la Maison d’illusion on peut, selon les règles d’une maison close, trouver son bonheur en y mettant le prix. Madame Irma fournit à sa clientèle le costume réservé́, ainsi que les services de la « réplique » idéale de la séance, travestie elle aussi, mais dans le rôle complémentaire et ce, avec le plus grand sérieux.

Les désirs enfuis rencontrent alors la plénitude aux abords d’une jouissance extrême épinglée par une sorte de mise en scène de soi. Ce joli commerce d’utilité́ publique est menacé par la révolution qui gronde hors les murs. La ville est en feu. La tenancière sera alors réquisitionnée pour doubler la souveraine défunte. Encadrée des grandes figures costumées de ses salons, trônant sur le fameux balcon, la reine de théâtre saluera le peuple en crise et en demande d’une image rassurante.

Une forme spectaculaire atypique accompagne notre spectacle Les Bonnes. Une sorte de conférence, d’animation travestie, de spectacle déguisé éclairant l’œuvre de Genet de façon distrayante et originale. Lʼéquipe de l’Infini, qui a toujours ajouté à ses créations des animations ou des ateliers participatifs, propose ici une
médiation culturelle sous forme de documentaire théâtral sur la maison d’illusion.

Ceux qui le souhaitent, tout public ou jeune public, peuvent ouvrir le débat et doubler leur expérience spectatrice de Bonnes d’un moment d’exploration parallèle de l’infiniment jeune Genet, arrogant et visionnaire. Monter une œuvre c’est faire résonner une parole, c’est présenter l’auteur au-delà des jeux et des mots et permettre l’explosion de sens et du sens, avec l’espoir de rouvrir peut-être les possibles d’une véritable révolution dans laquelle les personnages du Balcon se voyaient, eux, désespérément échouer.

La Maison d’Illusion existe! Et nous aurons des documents vidéo pour le prouver par des extraits de séquences du Balcon, filmées dans les cellules-salons de Madame Irma. Cette maison d’illusion peut figurer la Culture toute entière. Elle incarne une forme poétique de la représentation de ce qui nous constitue fondamentalement. Une révélation de notre profond besoin de fiction, indispensable pour prendre soin de nos vies.
La création ne nous protège-t-elle pas de la rumination, nous permettant la grimace, le défoulement des esprits et des corps, ne nous invite-t-elle pas ainsi aussi à la compréhension du monde, à l’information ?
Elle est l’endroit pour dire lʼindicible ! Lʼendroit de la jouissance et du salut !

Notre conférence : Deux artistes, l’un, porteur de lʼanimation, l’autre jouant « lʼinvité spécialiste », présentent un documentaire sur la maison d’illusion comme étant un lieu caché, qui existe mais dont on n’a peut-être pas l’adresse…
Nous montrons à lʼauditoire des documents filmés par Madame Irma et ses clients (interprétés par nos artistes) témoignant de sa volonté de garder son édifice intact et offert au peuple. Cette forme alternative, qui joue sur différents niveaux de réalité et sur différents niveaux de théâtralité, permet dʼêtre donnée autant en bibliothèque quʼen classe, dans une salle de conférence ou de spectacle.

Toute la fiction déployée est à double sens et défend ainsi, avec humour, l’importance de la culture, la sauvegarde de la création. Notre culture nous constitue; si nous la brûlons, nous disparaissons avec elle.
La révolution commence là où les artistes jouent si vrai que le monde est bousculé !

CREATION: mars 2023

Palais des Beaux-Arts de Charleroi: les 5 et 6 avril 2023

Centre Culturel de Woluwe-Saint-Pierre/W:Halll: le 21 avril 2023